Partager l'article ! Chapitre 4 : Le camp rebelle: Tapis dans les fourrés, le groupe observait une patrouille troll qui se trouvait à quelques mètres devant eux. ...
Livre 1: Une Ame de Héros
Tapis dans les fourrés, le groupe observait une patrouille troll qui se trouvait à quelques mètres devant eux.
- Que fait-on ? demanda Altorgh.
- Ils risquent de tomber sur le camp. On ne peut pas les laisser en vie, chuchota Evanya.
- Ils ne sont pas très nombreux et nous bénéficions de l’effet de surprise, ajouta Bralkar.
- Je m’en occupe ! dit l’elfe toute enjouée.
- J’avais peur que tu dises cela Ilona, lui répondit le général. Essaie de ne pas prévenir toute la forêt de notre présence ce coup-ci !
- Comme si c’était mon genre…
Le général regarda Jonathan.
- Veuillez rester ici Sire.
« Encore heureux qu’ils ne m’aient pas demandé d’intervenir ! » pensa Jonathan, parcouru par un frisson.
Ilona posa les deux mains sur le sol et ferma les yeux. Soudain, la terre s’ouvrit sous les pieds de leurs ennemis, deux d’entre eux furent engloutis avant que la faille ne se referme avec fracas. Les deux trolls restants se mirent aussitôt en position défensive, leurs épées prêtes à frapper quiconque les approcherait.
- C’est bien ce que je craignais… commenta Bralkar. Ils vont sonner l’alerte maintenant.
Effectivement, au moment où le général finissait sa phrase un des trolls saisit une corne de brume en ivoire.
Bralkar et Altorgh se regardèrent et surgirent des buissons chacun en direction d’un troll. On aurait dit qu’ils avaient élaboré leur plan par la pensée, on sentait qu’il combattait depuis longtemps côte à côte.
Altorgh se dirigea vers sa victime en hurlant, ce qui sema le trouble. Profitant ainsi de ce moment de panique, Bralkar réussit à s’approcher suffisamment pour passer son épée au travers de la poitrine du troll à la corne de brume. Le troll regarda la lame qui le transperçait, puis le général. S’en était fini, il ne sonnerait jamais l’alerte.
Altorgh, quant à lui, faisait face à son congénère.
- A mort le traître ! hurla la dernière sentinelle.
Altorgh évita sans problème le coup de hache de son assaillant et lui écrasa sa massue sur la tête. Le choc fut tellement violent que son crâne en fut brisé sur le coup.
- Voilà ce que j’appelle du travail bien fait ! lança Bralkar à Ilona.
- Mouais… Admettons.
Ils reprirent le chemin du camp, qu’ils rejoignirent après seulement une dizaine de minutes de marche. Ils avaient évité de justesse que sa position ne soit révélée.
Ils étaient arrivés devant une grande porte en bois. Les rebelles avaient, semble-t-il, pensé à tout : des troncs d’arbres formaient une palissade infranchissable autour du camp, et des tours de guet étaient placées à intervalles réguliers à l’intérieur de l’enceinte.
Les archers de garde autour de la porte firent signe de laisser entrer le groupe.
A l’intérieur, des peaux de bête tendues entre des branches formaient des tentes, et de nombreux soldats allaient et venaient. A la vue des arrivants, ils cessèrent immédiatement toute activité. Visiblement, Ilona, Evanya, Altorgh et le général Bralkar étaient des personnes haut placées sur le camp.
Evanya saisit le bras de Jonathan qui portait le bracelet et le leva.
- Frères d’armes, je vous présente le roi de Terdore !
Après un moment de stupeur, des hourras résonnèrent de toute part, puis ils s’agenouillèrent tous.
Jonathan rougit. Il n’aurait su dire si c’était le contact de la main d’Evanya ou si tous ces soldats le saluant ainsi l’intimidaient. Sans doute un peu des deux…
Après avoir serré de nombreuses mains, ils se retirèrent dans la tente de commandement. Elle se reconnaissait aisément à sa taille imposante et aux deux gardes postés à son entrée. Ils s’installèrent autour d’une table en bois massif et demandèrent à Jonathan de présider l’assemblée. Un peu gêné, celui-ci n’osa pas pour autant refuser, de peur de les contrarier.
- Sire, intervint Evanya. Je réalise que tout cela doit vous paraître confus, nous allons faire au mieux pour vous décrire la situation telle que nous la connaissons. Je vais commencer par vous raconter l’histoire de Terdore. Terdore abrite plusieurs races antagonistes qui se sont toujours partagé le territoire : les elfes habitent les Bois de l’Ouest, les hommes occupent le centre au sein d’une nation nommée Coeurdore par ses fondateurs il y a des cycles de cela, les nains creusent des abris dans les flancs des Monts Eternels au Nord-est, et les différentes tribus trolls et orcs se partagent les Bois Maudits et les Terres Désolées à l’Est. Le respect d’une règle simple assurait, malgré tout, la paix sur Terdore. Chacun devait rester sur son territoire. L’équilibre était maintenu par un roi, lui-même désigné par l’Anima.
- Le bracelet que je porte si j’ai bien compris ?
- C’est cela même. Le bracelet recèle une puissance que seul l’élu peut maîtriser, inspirant à la fois respect, justice et crainte.
- Comment se fait-il que le bracelet et le général Bralkar se soit trouvé dans mon monde, puisque je suppose que nos deux mondes sont…parallèles ?
- Le dernier porteur du bracelet fut mon père, le roi Théodore. Il y a environ deux cycles, il a subitement disparu avec l’Anima, plongeant Terdore dans le chaos. Sans entité supérieure à la tête du royaume, un homme, Morrakh, a réussi l’impossible, unifier les orcs et les trolls afin d’ériger une armée capable de prendre le contrôle de Terdore. Face à l’avènement de Morrakh, les elfes et les humains ont décidé de s’allier, alors que les nains sont restés neutres. Les troupes de Morrakh étant plus nombreuses, nous avons été contraints de nous cacher dans ces bois. Il y a peu, l’armée de Morrakh s’est retirée dans les Terres Désolées, nous ignorons ce qu’il manigance. Entre temps, grâce aux talents combinés des plus grands mages elfes et humains, nous avons réussi à retrouver la trace de l’Anima…dans une autre dimension, un monde parallèle en effet. Dans un dernier effort, les mages ont réussi à envoyer le général Bralkar à la recherche du bracelet.
- C’est là que nous nous sommes rencontrés, Sire. J’ai retrouvé l’Anima dans cette étrange échoppe, mais impossible de m’en saisir, ni même de le déplacer. Quand vous êtes arrivé à votre tour, j’ai senti que l’Anima vous appelait, qu’il vous était destiné…Vous connaissez la suite, Sire.
- C’est donc le bracelet qui m’a amené ici ? Et vous, comment êtes-vous rentré ?
- Nous n’avons aucune certitude sur le sujet, mais nous pensons qu’une fois son porteur retrouvé, le bracelet nous a ramené tous les deux à Terdore.
- Vous n’avez pas répondu à ma question. Comment le bracelet est arrivé dans mon monde ?
- Nous l’ignorons… Il faut maîtriser une magie très puissante pour ouvrir un portail entre deux dimensions. Les mages qui ont fait voyager Baptiste à travers les mondes l’ont malheureusement payé de leur vie.
- Je vois…
La discussion perdura encore, mais Jonathan, happé par le nombre d’informations qu’il venait d’apprendre, n’en suivait plus que difficilement le fil. La nuit était déjà tombée une fois que ses nouveaux amis mirent fin à la réunion. Partout dans le camp, des bougies éclairaient les différentes tentes. Un repas composé de gibier cuit au feu de bois, et de racines, fut servi.
Une fois le dîner terminé, les quelques personnes qui avaient eu le privilège de souper avec le nouveau Roi de Terdore décidèrent de se retirer dans leur tente. Jonathan émit le souhait de rester un peu seul avant d’aller prendre, lui aussi, un peu de repos.
Il resta assis sur une souche d’arbre, et fixa le feu, pensivement. Petit à petit, les lumières s’éteignirent sur le camp, et les soldats regagnèrent leurs tentes.
Evanya se tenait au coin d’une tente, silencieuse, observant Jonathan. Elle éprouvait de la tristesse pour lui, arraché de chez lui avec des responsabilités et les espoirs d’un peuple dont il découvrait à peine l’existence. Elle décida de lui tenir compagnie. Néanmoins, alors qu’elle se rapprochait, elle fut prise de vitesse par Ilona. Evanya détourna le regard avec une pointe de colère qu’elle n’aurait su expliquer. Elle ne connaissait pas Jonathan, de plus ce n’était pas du tout son type d’homme et, pour finir, il était le roi, et pourtant il l’attendrissait…
- Je ne vous dérange pas Sire, demanda Ilona.
- Non pas du tout, répondit Jonathan, après un moment de silence.
- J’imagine combien cela doit être dur pour vous…
- C’est vrai… dit-il avec tristesse. Je ne suis qu’un simple... Je me demande si je rentrerai un jour chez moi.
- Vous pouvez compter sur moi, lui dit Ilona en posant la main sur celle de Jonathan. Pour quoi que ce soit…ajouta-t-elle avec un petit sourire en coin.
Jonathan ne sut trop que faire. Devait-il répondre quelque chose ? Il n’avait jamais été à l’aise dans ses relations avec les femmes et n’était même pas sûr qu’il s’agisse…d’avances ?
Elle se leva et prit la direction de sa tente. Jonathan fixait toujours le feu de bois, comme fasciné par ces flammes qui dansaient dans l’obscurité.
- Je m’en rappellerai, finit-il par répondre.
Evanya patrouillait dans le camp. Elle remarqua alors Ilona qui se dirigeait vers sa tente. Elle revint sur ses pas, et constata que Jonathan était toujours au même endroit, avec l’air toujours aussi accablé. Elle avança vers lui.
- Je peux vous laisser seul si vous le désirez, hésita-t-elle alors qu’elle se tenait dans son dos.
- Tu peux t’asseoir, lui dit-il sans même se retourner.
Elle s’assit, et resta silencieuse à fixer le feu elle aussi.
- Je ne suis qu’un simple vendeur, lui confia Jonathan sans même la regarder. Et même pas un bon en plus…Je ne sais pas quoi faire de ma vie, je n’ai même pas d’amis, je ne sais pas me battre ni même me défendre, alors comment pourrai-je guider tout un peuple ? Ce que vous attendez de moi… Je ne peux pas…
Evanya continua à fixer le feu, le regard dans le vague.
- L’Anima vous a reconnu comme l’élu. C’est un artefact très puissant, depuis la nuit des temps il n’a jamais fait la moindre erreur. J’ai confiance en vous…
Après un long moment de silence, elle ajouta :
- Vous devriez aller prendre un peu de repos, vous avez eu beaucoup d’émotions fortes aujourd’hui.
- Je te remercie, seulement je ne sais pas si j’arriverai à fermer l’œil…
Ils restèrent assis un moment en silence.
Finalement, Jonathan avait regagné sa tente un peu plus tard dans la nuit, et s’était endormi d’un sommeil profond et réparateur. Ce fut de courte durée…Evanya entra alors qu’il dormait encore.
- Je vous pris de m’excuser Sire, mais tout le monde vous attend pour petit-déjeuner.
- Hum… dit-il en émergeant. Déjà ! Mais quelle heure est-il ?
- Je suis désolée mais le concept d’heure ne m’est pas familier. Le soleil est levé depuis peu, et nos compagnons sont déjà attablés.
- Génial, bougonna-t-il en se levant péniblement.
Evanya rougit et détourna le regard. Jonathan était en caleçon, comme à son habitude.
- Mmmmm ! frémit Ilona en entrant à son tour dans la tente avec un grand sourire.
Jonathan réalisa alors qu’il était torse nu devant deux jeunes femme et s’empressa d’attraper son drap maladroitement.
- Que fais-tu là Ilona ? questionna Evanya en la fusillant du regard.
- Je suis venue aux nouvelles, comme vous n’arriviez pas. Je vois que je dérange…
- Laissons le Roi se préparer et nous retrouver autour de la table.
Elles firent volte-face à l’unisson et sortirent. Jonathan laissa tomber son drap et soupira de soulagement. Ilona avait le don de le mettre mal à l’aise avec ses sous-entendus, il n’avait que peu d’expérience en la matière et elle lui faisait perdre tous ses moyens.
Une fois habillé, il les rejoignit. Effectivement, ils étaient déjà tous installés mais personne n’avaient commencé à manger. Jonathan supposa qu’ils attendaient leur roi. Une nouvelle fois, il dut présider la table. Le repas commença et ils se mirent à parler de tout et de rien. Souvent, les convives sollicitaient l’avis de Jonathan sur tel ou tel sujet, mais celui-ci n’arrivait pas à suivre toutes les conversations en même temps.
- J’ai entendu dire que vous avez bien commencé la journée Sire, intervint le général Bralkar étouffant un rire.
L’assemblée s’esclaffa également, à l’exception d’Evanya et de Jonathan qui s’empourprèrent, et plongèrent leur regard dans leur assiette.
- Baptiste ! intervint Evanya.
- Allez Evanya, c’était juste pour rire. Tu sais qu’on en a tous besoin en ce moment avec les épreuves qui nous attendent. J’espère que vous ne m’en tiendrez pas rigueur Sire.
- Pas du tout Général, dit-il sans lever les yeux de son petit-déjeuner, dans l’espoir que personne ne s’aperçoive qu’il était rouge comme une pivoine.
Le reste du repas fut tout aussi jovial, la bonne humeur avait gagné l’ensemble du camp. L’arrivée de Jonathan avait redonné courage aux rebelles.
Après le repas, ils se regroupèrent au terrain d’entraînement, autour de mannequins de paille et de cibles. Jonathan avait suivi le groupe sans trop savoir pourquoi on le traînait ici.
- Sire, nous souhaitons évaluer votre aptitude au combat puisqu’il vous faudra anéantir Morrakh pour ramener la paix sur Terdore, lui dit Bralkar.
- Mon aptitude au combat ? lui répondit Jonathan dépité. Je peux affirmer sans trop me tromper qu’elle doit être proche du néant. Quant à tuer Morrakh…je pense que c’est une partie du plan dont nous n’avons pas parlé ?!?
- Ne vous dévalorisez pas de la sorte Sire, intervint Evanya. L’Anima est avec vous et vous guide ! Seul son pouvoir est capable de s’opposer à celui de Morrakh, nous avons payé cher en vies alliées pour en arriver à cette conclusion.
- Bon…d’accord…répondit Jonathan sans avoir l’air très convaincu. Ah…c’est vous que j’affronte, soupira-t-il quand le général Bralkar fit un pas en avant.
- Essayez d’être indulgent avec moi, Sire.
- Je vais faire de mon mieux…ironisa-t-il.
Les deux adversaires se faisaient face et s’observaient. Jonathan ne sachant que faire se rua sur Bralkar en tentant de lui assener un coup au visage. Le général esquiva, et riposta d’un coup de pied dans le dos. Jonathan, déjà emporté par le poids de son corps, alla s’écraser au sol dans un nuage de poussière. La stupeur gagna le groupe qui assistait à l’affrontement.
- Il est vrai que nous ne connaissons que mal le fonctionnement de l’Anima. Nous ne savons pas comment il opère, dit Evanya comme pour rassurer l’assemblée.
Le général Bralkar tendit la main à Jonathan pour l’aider à se relever.
- Ne vous inquiétez pas, Sire, je vais vous préparer un programme d’entrainement et vous deviendrez un véritable combattant !
- Le temps joue contre nous, lui rappela Altorgh.
- Tu veux prendre le risque que le roi que nous attendons depuis 2 cycles se fasse tuer ? Parce que pour moi, il n’en est pas question ! Nous nous entrainons depuis l’enfance toi et moi, le Roi se bat depuis quelques minutes, laisse lui le temps de progresser Altorgh.
Altorgh hésita, puis concéda :
- Je te laisse une semaine Baptiste. Après quoi, il nous faudra quitter les Bois de l’Ouest.
Le reste du groupe acquiesça.
Cette petite escarmouche avait rappelé à Jonathan à quel point il se trouvait navrant. Pourtant il voulait vraiment bien faire…
L’entraînement commença le jour suivant, dès le lever du soleil. Jonathan retrouva le général Bralkar sur le terrain vague où ils s’étaient affrontés la veille.
- Bonjour Général.
- Bonjour Sire, lui répondit-il en se mettant le poing sur le cœur. Le programme que je vous ai préparé repose sur quatre grands axes : force, rapidité, tir et magie. Vous pratiquerez tour à tour ces enseignements, tous les jours pendant la semaine qui va suivre. Si vous le voulez bien commençons de suite avec le combat. Sachez, Sire, que la force ne fait pas tout. L’esprit a tout autant d’importance que les muscles quand vous affrontez un ennemi.
L’entraînement au combat commença. Bralkar initia Jonathan à certaines de ses bottes, mais aussi à l’esquive. Jonathan avait du mal à emmagasiner tous les conseils de Baptiste, et se trouva bien vite malmené. Après plusieurs heures de pratique, Jonathan fut envoyé au sol une énième fois par son adversaire, et resta assis quelques secondes pour reprendre ses esprits et son souffle. Il se releva en titubant, ses muscles étaient endoloris, et il commençait à avoir des crampes.
- J’apprécie la manière dont vous vous investissez, Sire, mais reposez vous quelques instants nous allons passer à l’exercice de vitesse d’ici peu. Pour ce faire, j’ai fait appel à un autre professeur, un peu improvisé !
Panpan sortit des fourrés et salua Jonathan.
- Panpan ?
- Eh oui Jonathan…euh…je veux dire Sire.
- Ne te moque pas de moi mon ami.
- Jamais je n’oserai, Sire.
- Sire, vous réussirez votre test de rapidité quand vous serez capable d’attraper Panpan.
- Je ne vois pas ce que cela a de compliqué.
- Montre lui Panpan.
Panpan se mit alors à courir et donna tout son sens à l’expression « détaler comme un lapin ».
- Mais c’est impossible ! s’écria Jonathan.
- Seul Ilona en serait capable, mais les elfes ont des prédispositions physiques que nous autres hommes n’avons pas. Cependant regardez bien.
Bralkar se mit à courir avec une telle rapidité que Jonathan n’en crut pas ses yeux. A un moment, le général se reprocha tellement du lapin que Jonathan crut qu’il allait l’attraper. Il plongea, mais ses mains se refermèrent à quelques centimètres de Panpan. Le général se releva.
- Voilà ce dont vous serez capable avec de l’entraînement.
- Alors Jonathan, attrape-moi si tu peux, votre Royauté Suprême !
Agacé par les railleries de son ami, il se mit à lui courir après de toutes ses forces, sans jamais s’en rapprocher. Au bout de quelques minutes Jonathan s’arrêta pour reprendre son souffle.
- Tu te sens bien ?
- Parfaitement…Je…
Il plongea sur le lapin.
- Encore loupé ! Je passe mes journées à échapper à toute sorte de prédateurs, tu crois qu’on ne me l’avait jamais faite celle-là encore ! Laisse-moi rire !
Jonathan essaya tant qu’il le put, et tout ce qu’il réussit à attraper c’est un énorme point de côté. Panpan était fier de rester invaincu.
- Bien, passons au tir à l’arc maintenant.
Bralkar saisit une flèche, banda son arc, ferma les yeux et tira. La flèche arriva directement dans le centre de la cible, qui se trouvait près de cinquante mètres plus loin.
- A votre tour.
Jonathan ne s’en sortit pas trop mal cette fois. Il faut dire qu’il avait déjà fait du tir à l’arc quand, plus jeune, il était parti en vacances avec ses parents. Il ne se doutait pas alors que cela lui servirait dans de telles circonstances.
- Pour finir Sire, je laisse place à Ilona pour un cours de magie élémentaire.
- Bonjour Sire, dit-elle en arrivant au terrain. Je suis contente de passer un peu de temps avec vous.
- Ilona, s’il te plait ! Nous n’avons que très peu de temps, intervint Bralkar. Sur ce, je vous laisse.
- Le but de mon enseignement n’est pas de faire de vous un mage. Il faut de nombreux cycles d’entraînement régulier pour parvenir à maîtriser les arcanes de la magie. Simplement, je vais essayer de vous apprendre à communiquer avec la nature. Une fois en harmonie avec elle, elle sera pour vous une précieuse alliée, vous pourrez déceler dans ses signes les dangers aux alentours.
Ils s‘assirent les jambes croisées, paumes des mains vers le ciel.
- Fermez les yeux Sire, et essayer d’entrer en communion avec la nature. Concentrez-vous bien, et ouvrez votre esprit aux végétaux, à la terre, au vent et aux animaux de la forêt.
Ils restèrent quelques minutes assis de la sorte.
- Je suis désolé Ilona, mais je n’y arrive pas… avoua Jonathan en rompant le silence.
Il avait juste l’impression d’être ridicule à écouter la forêt sans rien faire.
- Concentrez-vous Sire, libérez vous des contraintes physiques de votre corps. Je sais que ce n’est pas un exercice facile pour un novice.
Après être resté assis plusieurs heures sans succès, ils cessèrent l’entraînement, et retrouvèrent le reste du groupe pour dîner. Jonathan était vraiment épuisé, l’ensemble des convives le remarqua.
- Allez-vous reposer, Sire, lui dit Bralkar à la fin du repas. Demain, une rude journée vous attend.
Les jours suivants passèrent et se ressemblèrent. Jonathan n’avait de cesse de s’entraîner. La nuit alors que tout le camp dormait, Jonathan se relevait, et s’exerçait encore et encore. De fait, il ne dormait jamais plus de quelques heures par nuit. Il se sentait de plus en plus en accord avec ce monde, comme s’il y avait toujours appartenu sans le savoir.
Sa volonté et son assiduité lui permirent de progresser rapidement. Au bout du cinquième jour, il était capable de tenir tête à Bralkar et même de lui placer quelques coups bien sentis, de courir après Panpan sans se fatiguer, et d’atteindre le centre de la cible à chaque flèche tirée. Seule la magie lui restait obscure. Il avait beau se concentrer, il ne parvenait à rien. Néanmoins ces heures de méditation avec Ilona avaient le don de lui apporter paix et sérénité.
Evanya garda un œil discret sur Jonathan tout au long de son entraînement, elle ne voulait pas l’importuner, ni le déconcentrer. Il dégageait une telle force de caractère qu’elle en fut troublée. Comment quelqu’un pouvait changer autant en si peu de temps ? Le pouvoir de l’Anima, c’était la seule explication.
Il ne restait que deux jours d’entraînement à Jonathan quand le général décida de compliquer les choses.
- Sire, vous avez fait énormément de progrès, je suis très fier de vous servir. Pour le peu de temps qu’il nous reste, je vous ai apporté une petite…surprise.
Bralkar tenait dans ses mains plusieurs petites ceintures et bracelets de cuir.
- Qu’est ce donc ? l’interrogea Jonathan.
- Veuillez en passer autour de vos poignets, de vos mollets et de votre taille, et vous le découvrirez par vous-même Sire.
Jonathan s’exécuta, et réalisa qu’il s’agissait de ceintures lestées de plomb, ce qui rendait tous ses mouvements beaucoup plus compliqués.
- Vous plaisantez ?
- Pas du tout Sire, cela vous oblige à repenser toute votre technique de combat. De plus, vous allez y gagner en muscle et en rapidité.
Ils combattirent à nouveau. Le général eut largement l’avantage. Il n’avait absolument pas l’air affecté par le poids de l’équipement, contrairement à Jonathan. L’exercice de course qui suivit fut tout aussi pénible. Jonathan dut garder son harnachement, et ne parvint même pas à approcher Panpan.
Le pire était encore à venir…Lors de son entrainement au tir à l’arc, Bralkar avait placé deux cibles devant Jonathan, une à cinquante mètres et l’autre cinquante mètres derrière la première.
- Le but pour vous, Sire, est d’atteindre la cible la plus éloignée.
- Mais…comment ?
- Ilona s’il te plaît.
L’elfe se trouvait derrière Jonathan, il n’avait pas remarqué sa présence. Décidément, elle avait le don pour être la où il ne l’attendait pas. Elle saisit l’arc qui se trouvait à portée, puis après un moment de concentration décocha une flèche, qui fila droit en direction de la première cible. Au moment de l’atteindre, la flèche se mit à ralentir comme si l’air s’épaississait, puis inexplicablement elle fit un écart pour éviter la cible et finir sa course au centre de celle qui se trouvait le plus loin.
- Voilà le pouvoir de la magie élémentaire, Sire. Je n’ai eu qu’à parler au vent. Cette technique peut s’avérer vitale sur le champ de bataille pour atteindre un ennemi bien précis. Je suis bien consciente que nos entraînement ensemble ne se sont pas montrés très…fructueux, mais en rendant l’exercice plus concret je me suis dis que çà pouvait vous aider.
Jonathan y vit plutôt une nouvelle occasion de se ridiculiser un peu plus. Ces derniers jours, malgré ses progrès, lui avaient prouvé qu’il lui restait encore beaucoup à apprendre.
L’entraînement touchait maintenant à sa fin, et l’avoir compliqué de la sorte avait néanmoins permis à Jonathan de progresser davantage, en le forçant à se surpasser. Dorénavant, il serait capable de prendre part aux combats et de se défendre lui–même. La seule chose qui le chagrinait était le fait qu’il demeure totalement hermétique à la magie. Il faudrait bien faire avec…Le temps jouait contre eux, et les rebelles comptaient sur lui, les premières personnes à lui faire confiance.
Lors du dernier repas de la semaine, Jonathan était un peu nerveux.
- Quelle est la suite du plan ? demanda-t-il.
Un moment de silence parcourut l’assemblée, visiblement gênée par cette question.
- Le problème est que nous n’avons pas de plan Sire…concéda Evanya. Nous ignorons encore ce que prépare Morrakh. Je pense que le plus sage serait de nous rendre à Sirthéria, capitale de Terdore mais également une des dernières grandes villes à tenir tête à l’ennemi. Le palais royal abrite l’Armure et l’Epée des Rois, symboles du pouvoir. Il vous faut les récupérer pour affirmer à tous les peuples le retour du roi. Ainsi nous serons en mesure de lever une armée contre Morrakh, en enrôlant entre autre les soldats de Sirthéria. Qu’en dîtes-vous ?
- Je ne sais pas…Cela ne me semble pas dénué de sens.
Le groupe échangea des regards interrogateurs, puis ils acquiescèrent tous d’un signe de tête.
- C’est décidé, nous partons demain, conclut Bralkar. Je vais faire préparer un groupe de dix soldats qui nous accompagnera.
Leur dernier repas au camp rebelle s’acheva en silence, tous bien conscients des difficultés qui les attendaient.
Jonathan n’avait pas vu beaucoup Evanya en dehors des repas durant cette semaine. C’est pourquoi, il lui proposa de la raccompagner jusqu’à son couchage.
- Je ferai tout ce qui est possible pour être digne des espoirs que tu as en moi.
- Je sais…répondit-elle.