Partager l'article ! Chapitre 6 : Un long périple: A cette époque de l’année, le sol de la forêt était jonché de feuilles mortes, et de pommes de pin. Faire d ...
Livre 1: Une Ame de Héros
A cette époque de l’année, le sol de la forêt était jonché de feuilles mortes, et de pommes de pin. Faire du feu était délicat, et les incendies fréquents. Pourtant la nuit, la température descendait assez bas, et les bêtes sauvages rôdaient, à l’affût de proies pour dîner. C’est pourquoi Bralkar organisa le groupe pour allumer un feu de bois puis souper. Il envoya un petit détachement de soldats à la recherche de brindilles sèches et de grosses pierres, et un autre à la chasse. Une fois les soldats revenus de leur mission respective, il installa les roches rapportées sur quelques centimètres, comme pour faire un lit au feu, et y coucha quelques fines branches. Puis il se saisit de deux grosses pierres et les cogna l’une contre l’autre pour embraser les branchages. Des étincelles en jaillissaient à chaque choc mais l’air était trop humide, le feu ne démarrait pas. Pendant ce temps-là, Ilona déplumait les oiseaux abattus par les archers en murmurant :
- Pardonnez-nous gentils volants. N’y voyez rien de personnel. Par votre sacrifice, ces soldats garderont suffisamment de force pour continuer à se battre. Vous participez à votre manière à la lutte pour Terdore.
Quand elle eut fini, elle rejoignit Baptiste toujours bredouille, et visiblement agacé. Au moment où il cogna à nouveau les pierres, elle dessina un cercle dans l’air. L’étincelle produite s’envola en direction de l’elfe et vint se nicher au creux de sa main. Elle la laissa repartir en direction des brindilles, et quelques timides flammes firent enfin leur apparition.
- Merci ! grogna Bralkar.
- C’est avec plaisir, Baptiste !
Le reste du groupe, attiré par l’odeur qui se dégageait du feu, se rapprocha et en profita pour se réchauffer un peu. Ils furent ensuite rejoints par Altorgh et Jonathan. Ce dernier avait insisté pour que l’on fabrique une tente de fortune pour les deux jeunes femmes du voyage. De fait, elles étaient bien plus débrouillardes que lui, et n’avaient en aucun cas besoin qu’il veille sur elles, mais il était leur roi, et personne ne souhaitait le contrarier. De plus, cela avait eu l’air de lui faire plaisir. Effectivement, Jonathan s’était enfin senti utile pour la première fois depuis son arrivée à Terdore. Et les deux femmes étaient ravies de cette attention dont elles n’avaient pas l’habitude à vivre parmi les soldats.
Le groupe passa le repas à planifier l’itinéraire restant, la marche à suivre une fois arrivés à Sirthéria et à émettre des hypothèses sur les intentions de Morrakh. Tous prirent part au débat à l’exception de Jonathan qui demeura silencieux et pensif tout au long du dîner. Evanya le remarqua rapidement, mais hésita, elle ne voulait pas compliquer davantage les choses pour lui. A la fin du repas, elle se décida tout de même.
- Sire ? Vous vous sentez bien ?
Jonathan émergea alors de sa léthargie.
- Pardon ? Oui, oui parfaitement. C’est juste que je repense à ceux que j’ai laissé derrière moi…
- Vous voulez dire Panpan ?
- Oui Panpan…et Looping mon chat, nous avons toujours eu un lien particulier.
Evanya fut prise de court et ne sut que répondre. Encore une fois, la profondeur de l’âme de Jonathan la touchait, et sa détresse la peinait.
- Sire, venez avec moi, je voudrais vous présenter quelqu’un qui je le crois vous remontra le moral, intervint Ilona. J’ai bien peur qu’il nous faille y aller seul par contre de peur d’effrayer mon ami, ajouta-t-elle avec un regard en direction d’Evanya.
- Pourquoi pas…
Jonathan et Ilona se levèrent, elle passa son bras autour du sien et ils se mirent en route. Jonathan, très gêné, ne savait plus ou se mettre. Il se retourna pour entrevoir Evanya avant de s’enfoncer dans les bois, mais quand leurs regards se croisèrent, Evanya détourna les yeux. Elle laissa l’heureux « couple » s’en aller, le vague à l’âme.
- Ilona, c’est encore loin ?
- Non, Sire, ne vous inquiétez pas ! Ne me dîtes pas que la brune vous manque déjà !
- Quoi ?…comment ?
Elle gloussa, décidément elle adorait déstabiliser Jonathan de la sorte.
- Je vous taquine, Sire, je sais très bien que vous n’avez d’yeux que pour moi.
Jonathan rougit, il n’arrivait pas à se dépêtrer de ce guêpier.
- Nous arrivons à destination, plus un mot !
« Ouf, sauvé ! » pensa-t-il.
Il n’arrivait pas à comprendre comment ils pouvaient être arrivés à destination puisque depuis leur départ ils n’avaient fait qu’emprunter de multiples chemins de terre sans but apparent. Par moment, Ilona s’arrêtait quelques secondes pour se concentrer, sûrement un de ses trucs d’elfe pour communier avec la nature. Toujours est-il que pour Jonathan, ils étaient au milieu de nulle part.
« Et si c’était une manœuvre pour être seul avec moi… »
« Je deviens vraiment paranoïaque moi ! »
Ilona avait tendu le bras et entonna une douce mélodie en elfique. Soudain, un pie sortit d’un arbre et vint se poser en douceur sur Ilona.
- Bonsoir Jolisailes.
- Tiens Ilona ! Deux fois dans la même journée dis donc !
- Je voulais te présenter le nouveau roi de Terdore.
- Enchantée votre Altesse. J’avais entendu des rumeurs sur votre retour, mais bon il faut dire que Panpan est un vrai moulin à parole, avec lui je me méfie.
- Panpan as-tu dit ? Tu as parlé à mon ami ? Il va bien ?
- C’était donc vrai ! Vous connaissez bien cette bourrique de lapin ? Dire que je me suis moqué de lui ce matin quand il m’a dit qu’il était le bras droit du roi…
Jonathan éclata de rire, pour la première fois depuis longtemps.
- Bras droit ? C’est ce qu’il a dit ? Je reconnais bien là Panpan… Puis- je te confier un message à lui transmettre ?
- Bien sûr, je suis à vos ordres, Sire.
- Dis lui…Eh bien, dis lui simplement merci.
- Je n’y manquerai pas ! A bientôt Ilona. Mes respects, Sire.
Jolisailes prit son envol et disparut dans la nuit étoilée.
- Merci Ilona.
- Ce n’est rien, Sire.
Ils rentrèrent au camp en silence. Ilona rejoignit Bralkar et Altorgh qui examinaient une carte.
- Voulez-vous vous joindre à nous, Sire ?
- Non merci, pas ce soir, je suis un peu fatigué par cette journée de marche.
En réalité, Jonathan pensait à Evanya. Il n’avait fait que penser à elle depuis le premier jour où il l’avait vu. Il la chercha sur le camp, en vain. Un groupe de soldats qu’il croisa en chemin lui indiqua qu’elle s’était retirée dans la tente. Jonathan les remercia, ils le saluèrent en se tapant le poing sur la poitrine. La lueur d’une bougie éclairait l’abri de fortune, ce qui permit à Jonathan de distinguer l’ombre d’Evanya au travers du fin tissu. Elle était encore debout, Jonathan allait pouvoir lui parler un peu…du moins essayer, tout dépendrait de sa timidité.
Il écarta un pan de tissu et passa sa tête. Evanya lui tournait le dos, nue. Jonathan en resta figé, les yeux écarquillés, comme paralysé. Après quelques longues minutes, il sembla reprendre ses esprits, recula et referma la porte de fortune.
- Il y a quelqu’un ?
- Euh... Evanya, c’est Jonathan, j’aurai voulu te voir quelques minutes si tu n’es pas occupée.
- J’arrive, Sire. Donnez-moi une petite minute.
Elle sortit rejoindre Jonathan qui la fixait pensivement.
- Sire ?
- …Oui pardon. J’aurai quelques questions à te poser par rapport…au plan ! « Oui, c’est une bonne excuse çà » se dit-il. Çà ne te dérange pas si l’on marche un peu ?
- Pas du tout ! Je vous écoute, Sire.
- Peux-tu me parler un peu de Morrakh ?
- Nous ne se savons pas grand-chose de lui. Après que mon père ait disparu, Morrakh a levé son armée et a commencé à attaquer Coeurdore, enchainant victoire sur victoire. Nous n’avions jamais entendu parler de lui avant, je suppose qu’il a su se montrer discret en attendant son heure.
- Etrange…
- Nous pensons qu’il devait être effrayé par l’Anima.
Ils firent quelques pas de plus dans le camp, éclairé chichement par les lueurs du feu de bois qui se trouvait un peu plus loin.
- C’est tout ce que vous vouliez ?
- …Oui, je crois...
- Pourquoi n’avez-vous pas demandé à Baptiste ou Ilona, puisque vous avez passé la soirée avec elle, non ?
- Euh…oui…à vrai dire je n’y ai pas pensé.
- Vous êtes sûr que tout va bien ? Vous vouliez me dire autre chose ?
- Non non.
- Sur ce, je vous dis bonne nuit, Sire.
- A toi aussi, Evanya.
Elle s’éloigna. « Crétin ! » Jonathan se frappa le front de la paume de sa main.
Dès l’aube, ils reprirent la route. Avant de quitter le camp, Bralkar et ses soldats prirent soin d’effacer toutes traces de leur passage. Le groupe avançait les uns derrière les autres à travers les bois. Après plusieurs heures de marche, ils triomphèrent de la forêt. Les vastes plaines, qui s’étendaient à perte de vue, allaient simplifier leur progression, et leur offrir un peu plus de chaleur. L’épais feuillage des arbres ne laissait aucune chance aux rayons de soleil, et Jonathan se réjouissait à l’idée de quitter l’humidité des bois.
Ils entamèrent la marche au travers d’un champ de blé. Le climat avait du être clément puisque les épis avaient bien poussé et leur arrivaient au niveau de la taille. La colonne continuait d’avancer, Jonathan se trouvait au milieu protégé ainsi d’un éventuel assaut. Pendant leur progression, Jonathan remarqua que les épis de blé semblaient se mouvoir par moment. Il était fatigué, il n’y prêta pas plus attention que cela, la plaine offrait un terrain de jeu magistral au vent. Soudain un soldat disparu à l’arrière du groupe, comme happé par le blé, puis un second à l’avant. Ils se mirent aussitôt en position défensive. Des sillons dans le champ de blé semblaient venir de toute part et les encercler.
- RESTEZ SUR VOS GARDES ! rugit Bralkar.
- Qu’est ce qui se passe ? demanda Jonathan terrifié.
- Nous n’allons pas tarder à la savoir, en tout cas ils ont l’air nombreux.
Soudain, une sorte de mille-pattes géant se dressa, menaçant, sur leur droite. Il faisait plus de trois mètres de long, sa carapace marron avait l’air aussi solide que de l’acier, et ses incroyables mandibules plus tranchantes que leurs épées. Ses longues antennes frémirent quand il choisit une proie. Le soldat le dévisagea, incapable de bouger, pétrifié par cette apparition. Bralkar se saisit d’un arc avec dextérité et décocha une flèche en direction des yeux de la bête. Malheureusement, le mille-pattes se jeta sur le malheureux soldat qui disparut à son tour dans le champ de blé, et la flèche se perdit.
- DES VORACS ! IL YA UNE PLAGE LA-BAS ! SORTONS D’ICI !
Le groupe se mit à courir en direction de la plage poursuivi, par un nombre incalculable de créatures. Les épis de blé se couchaient inlassablement sur leur passage, les mille-pattes étaient sur leur terrain et se rapprochaient. L’un d’entre eux réussit à emporter et à dévorer un nouveau soldat.
- Ilona, un peu d’aide ne serait pas de refus !
En poursuivant sa course, Ilona fit un large mouvement de la main créant ainsi un formidable mur de ronces. Les mille-pattes, habitués à des fosses en guise de nids, n’eurent aucun mal à forer le sol pour passer au dessous de cette muraille de fortune, qui les avait à peine ralentis. La course-poursuite reprit de plus belle. Bralkar avait ralenti pour se retrouver à l’arrière du groupe et protéger ses soldats. Un Vorac se dressa devant lui, il trancha net d’un coup d’épée les antennes de celui-ci qui, dans un grognement de douleur, s’enfonça à nouveau dans le champ de blé.
- C’est bien ce que je pensais, seul leur carapace résiste à nos épées. Leurs antennes sont vulnérables.
- Ce n’est pas çà qui nous sauvera, ils sont trop nombreux et cela ne fait que les ralentir, rétorqua Evanya. La plage est notre seul échappatoire !
Ils parvinrent tant bien que mal à rejoindre la plage de sable fin. Aux abords du champ, ils constatèrent que les mille-pattes faisaient demi-tour.
- Ah ah ah ! Nous sommes sauvés ! C’est inespéré, éclata de joie un des soldats rescapés.
- Bralkar, expliquez-moi, que vient-il de se passer ?
- Sire, les Voracs sont des prédateurs assoiffés de sang, dénués de toute raison. Il existe des créatures sur Terdore avec lesquelles le dialogue est impossible. Toutefois je ne m’explique pas leur abandon, peut-être ne survivent-ils pas hors des champs ?
- Je ne serai pas aussi enthousiaste, intervint Evanya. Regardez.
Ils se retournèrent et constatèrent qu’une énorme dune de sable se dirigeait droit sur eux.
- Je pense plutôt que c’est de çà qu’ils ont eu peur.
Ilona dirigea sa main en direction du banc de sable.
- Incroyable ! Je n’y arrive pas ! Je n’arrive pas à maîtriser le sable, ceci n’a rien de naturel !
Jonathan était effrayé par ces dangers que recelaient les contrées de Terdore, mais l’instinct de survie se fit plus fort.
- Ne restons pas là à attendre de savoir ce que c’est ? Regardez, là-bas un embarcadère avec un navire ! Profitons de cette chance.
De nouveau, ils durent prendre la fuite, mais la dune obliqua pour suivre leur direction.
- C’est trop rapide, nous allons devoir combattre.
La vague de sable s’arrêta à quelques mètres d’eux. Les grains de sable se mirent à rouler, à se regrouper de plus en plus rapidement pour former un monstrueux titan de sable plus haut que les chênes centenaires de la forêt de Terdore.
- Vous êtes sur mon territoire, dit-il d’une voix caverneuse.
Puis il abattit une de ses énormes mains sur le sol pour les écraser. Ils esquivèrent d’une roulade sur le côté. Heureusement pour eux, la créature était imposante mais lente. Baptiste et Altorgh saisirent l’occasion pour tenter de lui asséner un coup d’épée. Leurs lames ne parvinrent qu’à traverser la main du colosse en éparpillant quelques poignées de sable. De son autre main, le géant saisit un soldat qui était à sa portée. Le reste du groupe cribla le monstre de flèches pendant que le malheureux se débattait. Comme les coups d’épées précédemment, les flèches n’eurent aucun effet sur le titan, elles le transperçaient sans qu’il eût la moindre réaction. A présent, la créature recouvrait de sable la tête du prisonnier, pour l’étouffer.
- Ilona, la mer ! dit brusquement Jonathan, n’écouta une nouvelle fois que son instinct.
- Mais bien sûr !
Ilona dirigea ses deux mains vers l’océan. Le vent se leva et des volutes d’eau tourbillonnèrent dans les airs. Enfin un typhon apparut, qu’elle projeta en direction du géant de sable. Sous l’effet des trombes d’eau le corps du géant fut emporté et s’éparpilla sur la plage. Ilona, essoufflée par tant d’efforts, sourit à Jonathan qui lui rendit son sourire en retour.
- Dépêchons-nous avant qu’il ne revienne !
Déjà les grains de sable humides commençaient à rouler sur le sol et à se rassembler. Le titan se reformait. Voyant qu’ils allaient lui échapper, il allongea son bras jusqu’à les atteindre.
- ILONA !
- …peux plus…trop d’énergie…
- Je m’en occupe, intervint Altorgh. Embarquez, je vous couvre !
Altorgh s’arrêta et fit face à la monstrueuse main. Au moment, où elle s’aplatit sur le sol, il l’évita, puis écrasa sa massue dessus, une nouvelle fois en vain… Le titan asséna un coup violent à Altorgh qui fut propulsé plusieurs mètres plus loin. Il se releva péniblement et constata que les derniers soldats avaient fini d’embarquer. Il sortit d’une petite sacoche en cuir qu’il portait à sa ceinture une petite boule noire, qu’il jeta sur le sol. Un nuage noir s’éleva du sol formant ainsi un épais brouillard entre le titan et eux. Incapable de les distinguer, le colosse frappa à diverses reprises dans le nuage, sans jamais atteindre Altorgh qui rejoignait déjà le bateau en partance.
Une fois celui-ci à bord, Jonathan fixa Altorgh d’un air interrogateur.
- Spore de Lirane, une baie toxique qui pousse dans les Bois Maudits.
- Efficace.
- Le brouillard qui s’en dégage est très dense et mortel. Le bateau était vide ?
- J’en ai fait le tour et il n’y à personne à bord. Je pense que ses propriétaires ont fait une rencontre avec notre ami le colosse, dit Bralkar. Ce genre d’embarcadère est fréquent sur Terdore, les pêcheurs s’en servent durant leur long voyage en mer pour venir s’approvisionner en eau potable et en nourriture.
- Quelqu’un sait-il manœuvrer un bateau ? s’enquit Jonathan.
- Bien sûr, Sire.
Ils hissèrent la grand voile et le général prit la barre.
- Ce n’est pas le grand luxe, mais il devrait nous mener jusqu’à Sirthéria. Il n’y a qu’à suivre l’Etoile de Sirthéria.
- L’Etoile de Sirthéria ?
- C’est l’étoile là-haut, la plus grosse et la plus brillante. Elle se trouve droit au dessus de notre capitale, et brille de nuit comme de jour.
Plusieurs jours passèrent…Les soldats, remis de leurs émotions, s’occupaient d’aider le général à la navigation, le reste du groupe préparait les repas et se dégourdissait les jambes sur le pont. Le brouillard s’était levé et rendait leur orientation difficile.
Ce matin là, le ciel était bleu, Jonathan monta sur le pont pour profiter de ce temps plus clément. Pourtant il faisait encore frais, il souffla doucement dans ses mains pour les réchauffer, et aperçut Altorgh un peu plus loin qui ne semblait pas dans son assiette.
- Altorgh, tout va bien ?
- Ne vous en faîtes pas pour moi, Sire. Disons, que je ne suis pas très friand des balades en mer.
Jonathan sourit, une montagne de muscle, comme le troll, effrayé par la mer.
- Il y a de nombreux monstres marins dans cet océan qui feraient passer le titan de l’autre jour pour un enfant de chœur.
Le sourire de Jonathan s’estompa. Même s’il avait gagné en assurance depuis son arrivée, il ne se sentait pas prêt pour une nouvelle épreuve.
- Nous arrivons très bientôt, ne vous inquiétez pas, Sire.
Ils furent rejoints par Ilona, guillerette par cette douce journée d’automne.
- Alors Altorgh, toujours pas de grand méchant loup !
- Très drôle Ilona ! Je te rappelle que c’est moi qui vous ai permis de rejoindre le navire pendant que Madame s’offrait un peu de repos.
Altorgh s’en retourna dans la soute sur cette réplique bien sentie. Ilona lui fit une grimace dans le dos.
- Et vous, Sire, comment vous sentez vous ?
- Bien. J’appréhende un peu notre arrivée à Sirthéria je suppose…
- Vous allez voir c’est une ville magnifique ! Bien que l’architecture elfe soit beaucoup plus raffinée.
- Pourquoi n’es-tu pas avec les tiens ?
- Je suis l’émissaire des elfes au sein de la communauté humaine. Mon pouvoir dépasse celui de la majorité des miens, il a semblé bon à notre reine de me choisir pour faire partie du Haut-Commandement rebelle.
- Ce n’est pas trop dur d’être loin des tiens ?
- Parfois si, mais je m’entends bien avec Baptiste, Altorgh et Evanya même si je les taquine de temps en temps, et puis je vous ai vous !
Ils continuèrent à parler ainsi, pendant des heures, apprenant ainsi à mieux se connaître. Ce qui ne laissa pas insensible Evanya, qui les surveillait du coin de l’œil… Jonathan décida de rejoindre sa cabine. Ce faisant, il croisa Evanya en chemin.
- Bonsoir Evanya. Je ne t’ai pas vu aujourd’hui.
- Peut-être étiez-vous trop occupé ? lui lançant-elle d’un ton cinglant.
Puis elle se dirigea en direction d’Ilona sans même attendre de réponse de sa part.
« Décidément les femmes ! Je ne les comprendrais jamais… » se dit Jonathan en regagnant la soute.
Evanya s’accouda sur le rebord du navire et regarda la mer.
- A quoi joues-tu Ilona ?
- Je ne vois pas ce que tu veux dire.
- C’est notre roi tout de même.
- Et alors ? Ai-je fait quelque chose de déplacé ? L’ai-je importuné ? Il n’en a rien laissé paraître en tout cas ! Tu es jalouse de la relation que j’ai avec lui ! Ce n’est tout de même pas de ma faute si tu n’arrives pas à lui parler !
Ilona tourna les talons et rejoint Bralkar à la barre du navire. Evanya resta seule et soupira.
« Elle a raison…Je me suis comporté comme une idiote avec eux deux…Qu’est ce qu’il m’arrive ? »
Evanya descendit dans la soute et s’arrêta dans le couloir devant la cabine de Jonathan. Elle se massa les tempes, hésita, repartit en direction de sa propre cabine, puis revint sur ses pas et frappa finalement à la porte. Jonathan vint lui ouvrir.
- Evanya ? Puis-je… ?
- Ne dites-rien, je veux juste vérifier quelque chose.
Elle l’embrassa tendrement en posant une main sur son torse. Il lui rendit son baiser avec passion. Elle referma la porte du bout du pied, et ils se laissèrent tomber sur le lit…
Evanya se réveilla alors sursaut, seule dans son lit, perturbée par le rêve qu’elle venait de faire.
« Oh…Evanya qu’est ce qui ne vas pas chez toi ? »
Elle se leva bien décidée à parler à Jonathan. Il fallait qu’elle comprenne, elle n’avait jamais ressentie cela, elle était perdue.
Arrivée devant sa porte, de nouveau le doute comme dans son rêve, sa main s’arrêta avant de frapper. Au même moment, Jonathan ouvrit la porte.
- Evanya ?
- …Oui…je voulais…euh…
- Tu avais quelque chose à me dire ? lui dit-il avec espoir.
- BRANLE-BAS DE COMBAT ! TOUS SUR LE PONT ! hurla Altorgh.
- Oui, voilà…je venais vous prévenir que nous avons un problème, éluda-t-elle.
- Dépêchons-nous, allons-y !
Ils gravirent quatre à quatre les escaliers qui les séparaient du pont, et firent face à une vision de cauchemars, tout l’équipage s’agitait, des tentacules sortant de l’océan cernaient le navire. Un des bras s’écrasa sur le bateau et brisa une partie du pont, des débris de bois volèrent en tous sens.
- Qu’est ce que c’est ? demanda Jonathan en hurlant pour se faire entendre.
- Un kraken ! Une des fameuses créatures dont je vous ai parlé il y a quelques jours. Habituellement, on les trouve dans des eaux plus profondes, ils ne viennent que rarement près de la surface. Je pense que même les fonds marins se sont rendus compte des troubles que connaît Terdore.
- Que pouvons-nous faire ?
- Malheureusement, les navires de pêche ne sont jamais équipés de canons, et en général ils n’en ont pas besoin, répondit Bralkar, toujours à la barre.
La créature continuait son assaut. Jonathan ne pouvait croire à une telle succession de malchance. Le sort s’acharnait contre eux ! Un autre tentacule vint s’enrouler autour du mât pour tenter de l’abattre. Altorgh le trancha d’un coup de hache d’une force ahurissante. Un troll était toujours utile en cas de coup dur constata le nouveau roi de Terdore. Le tentacule tomba du mât et glissa du pont pour s’enfoncer dans les abysses. Des bulles apparurent à la surface de l’eau, de plus en plus nombreuses, puis le monstre sortit sa gueule des profondeurs et hurla de douleur, laissant entrevoir de terribles dents. La créature évoquait inévitablement une pieuvre géante à Jonathan…en vraiment gigantesque ! Sur les restes du pont, les soldats s’acharnaient à se défendre des assauts des tentacules, à coup d’épée ou de flèche. Evanya et Jonathan luttaient côte à côte pour protéger le mât. Le kraken était intelligent, détruire le mât signifiait empêcher sa proie de fuir. Les progrès de Jonathan se faisait sentir encore une fois, il esquivait, frappait, esquivait, frappait…
- Nous ne tiendrons pas longtemps, cria-t-il.
- Il y a trop de tentacules, Sire pour tenter une manœuvre de repli.
- Général, Ilona, tenez-vous prêt à mon signal. Evanya, protège le mât.
La pluie s’était levée, des éclairs déchiraient le ciel. On aurait dit que l’orage accompagnait l’apparition du kraken pour parfaire ce tableau d’horreur. Jonathan se dirigea vers le bord du pont, où se trouvait la gueule de la créature. Il saisit une flèche, tira. A cause du vent, il manqua la créature de peu. Il recommença, en vain. Il se saisit alors de trois flèches, banda son arc et tira. Les flèches se dirigèrent vers le kraken qui se protégea d’un tentacule. Une flèche fut à nouveau perdue, une vint se loger dans le bras du monstre et la dernière transperça miraculeusement un de ses yeux. Un nouveau hurlement de douleur déchira la nuit. Le plan de Jonathan avait fonctionné, les tentacules s’écartèrent offrant ainsi l’échappatoire tant espérée.
- Général, regardez une faille !
- J’ai vu, Sire.
- ILONA, maintenant, utilise ta magie pour nous propulser vers là-bas !
- A vos ordres !
Ilona invoqua un intense vent marin qui s’engouffra dans la voile miraculeusement sauvée, précipitant ainsi le bateau dans l’issue laissée par le monstre. Malgré les vagues et le courant, le navire avait pris de la vitesse, ils passèrent in extremis, le kraken rugit de rage.
- Plus vite Ilona !
- Je vais faire de mon mieux, Sire !
En redoublant d’efforts, le vent marin fut remplacé par des rafales de vent atteignant une vitesse prodigieuse, on aurait dit que le navire glissait sur un coussin d’air à présent. Au loin, le kraken fou de colère et de douleur s’enfonça dans les profondeurs de l’océan. La proie ne valait pas sa peine…
Petit à petit les nuages s’estompèrent, le jour se levait enfin.
- Vous avez été étonnant, Sire, dit Evanya en rejoignant Jonathan.
- Mer…
- Sire, vous avez été fabuleux, lui cria Ilona en se jetant dans ses bras. Veuillez excuser mon ardeur, Sire, ajouta-t-elle avec un regard malicieux.
- Bravo, Sire, ajouta à son tour Bralkar en lui mettant une grande tape dans le dos. Demain nous arriverons à Sirthéria…