Présentation

Bienvenue sur le Blog des CHRONIQUES DE TERDORE!

Vous trouverez dans ce blog le premier ouvrage de Julien C., écrivain de 26 ans, résidant en picardie.

Ces Chroniques seront composées de plusieurs livres.
Le Livre I, UNE AME DE HEROS, vous est ici proposé gratuitement, nous vous invitons à le découvrir au fil des semaines.

N'hésitez pas à laisser vos commentaires et vos encouragements, pour lui permettre, qui sait, de publier son roman dans l'avenir.

Bonne lecture!

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titre
Dimanche 17 janvier 2010 7 17 /01 /Jan /2010 21:21

Après plusieurs jours de traversée en mer, la côte était enfin en vue. Au loin, le port de Sirthéria était de taille modeste, en tout et pour tout cinq pontons, trois réservés aux pêcheurs et deux aux forces militaires. Il fallait croire que les Sirthériens ne craignaient que peu une invasion par la mer.

Pourtant malgré sa taille, le port était en permanente effervescence, à l’exception de ce jour…Etrangement, il n’y avait pas aucun navire, aucune activité.

            - Restons sur nos gardes, leur commanda Bralkar. Ce n’est pas normal…Les chalutiers doivent être en mer à ce moment de la journée, mais les navires de guerre restent amarrés en permanence, en cas d’attaque. Tout le monde à couvert dans la soute, je vais aller en reconnaissance.

            - Je viens avec vous, Général.

            - Est-ce bien raisonnable, Sire ?

            - Ce n’est pas une question Général !

            - D’accord…Mais uniquement vous ! Il prit ainsi de vitesse Evanya et Ilona. Mieux vaut se faire discret.

Baptiste arrima le bateau à un ponton de bois. Tous deux descendirent de l’embarcation et progressèrent discrètement sur le ponton, se camouflant derrière diverses cachettes improvisées : des fûts de vin, des caisses de poisson… Ils avancèrent ainsi jusqu’à la capitainerie, ils se dissimulèrent derrière des caisses en bois, il n’y avait pas l’air d’y avoir âme qui vive. Bralkar figne signe à Jonathan de l’attendre ici pendant qu’il inspectait le bureau. Jonathan lui répondit par l’affirmative d’un hochement de tête. Le général se faufila jusqu’à la porte, et en tourna la poignée, le plus délicatement possible pour ne faire aucun bruit. La porte n’était pas verrouillée, il put ainsi pénétrer et disparaître dans la capitainerie. Jonathan attendit quelques minutes puis établit à nouveau un contact visuel avec Bralkar. Il se tenait à la fenêtre du bâtiment et lui faisait signe de venir. Jonathan s’exécuta.

            - Qu’en pensez-vous, Sire ?

Jonathan observa la pièce, et remarqua divers documents administratifs éparpillés sur le bureau ainsi que des registres ouverts.

            - On dirait qu’ils sont partis précipitamment…

            - C’est ce que je pense aussi. L’escalier qui se trouve à droite en sortant mène à Sirthéria, il y a une plaine à traverser, de laquelle on peut voir les remparts de la ville. Nous devrions nous assurer que tout est en ordre.

            - Je vous suis Général.

Ils sortirent du bâtiment en reprenant leur attitude furtive et grimpèrent les marches. Effectivement, une vaste plaine, bordée d’immenses pins, s’étendait sur plusieurs kilomètres et, au loin, Sirthéria trônait majestueusement.

            - Tout à l’air en ordre mais…l’ennemi nous attend peut-être en embuscade dans les bois.

            - Allons chercher les autres et demandons à Ilona de fouiller les bois.

Ils s’en retournèrent au navire et firent débarquer Evanya, Ilona, Altorgh et le peu de soldats qui avaient survécu au voyage.

 

            - C’est trop calme, confirma Evanya en traversant la plaine.

            - Ilona, je me suis rappelé de Jolisailes, que tu avais des amis dans les bois…

            - Je vois où vous voulez en venir. Laissez-moi quelques instants…

Ilona entonna un chant elfique, d’un air envoutant qui berça Jonathan. La douce mélodie dura plusieurs minutes, puis soudain une chouette, un lièvre, et un cerf jaillirent des bois.

            - Bonjour Ilona, dirent les animaux en chœur.

            - Bonjour mes amis. Merci d’avoir répondu à mon appel. Nous avons besoin de votre aide. Nous avons peur que nos ennemis se terrent dans les bois afin de nous tendre un piège.

            - Ne t’inquiète pas Ilona, tu peux compter sur nous, hulula la chouette.

Les animaux s’enfoncèrent dans les bois et disparurent. Le groupe patienta, alerte. Depuis la veille, Evanya et Jonathan n’avaient jamais été seules, elle était particulièrement gênée de son attitude de la veille, de la scène qu’elle lui avait faite. Elle en profita pour tenter de s’expliquer.

            - Sire à propos d’hier, je…

            - Les voilà, annonça Altorgh.

            - L’ensemble des volants de la forêt et moi-même n’avons rien remarqué d’anormal, Ilona.

            - Nous autres avons fouillé les fourrés et n’avons perçus aucun danger.

            - Bien. Merci les amis. Allez en paix. Elle se retourna en direction du reste du groupe. Nous pouvons continuer notre chemin.

            - Il y a tout de même une chose qui me chiffonne…Où sont passés tous ces gens ? Pourquoi ont-ils quitté la capitainerie soudainement ? Vous ne croyez pas que le piège pourrait-être dans Sirthéria ?

            - C’est impossible, Sire, lui répondit Evanya. Vous voyez les statues le long des remparts de la ville ?

Jonathan plissa les yeux et distingua d’imposantes statues de pierres qui ornaient les remparts tout autour de la ville. De la taille d’un immeuble, elles étaient disposées toutes de la même manière : un genou à terre, les bras croisés sur la poitrine et deux épées fixées sur leur dos. Il put en dénombrer dix qui était réparties à intervalles réguliers. Jonathan n’avait jamais rien vu de tel, elles étaient à la fois magnifiques et effrayantes, c’était grandiose.

            - Ce sont les Gardiens. A la fondation de Sirthéria, une puissante magie les a envoutées pour qu’ils protègent notre ville contre les assauts d’éventuels ennemis. Des sentinelles dans les tours de guet se relaient nuit et jour afin d’assurer leur bon fonctionnement. Elles trônent ainsi depuis plus de deux mille cycles et n’ont jamais failli.

            - Une légende se transmet de génération en génération parmi les miens, Sire. Il y aurait mille deux cents cycles, un troll, Amozar, aurait réussi à réunir vingt mille soldats pour prendre le contrôle de Terdore. Naturellement, il a voulu s’attaquer au symbole même du pouvoir, au Roi et à Sirthéria. Le Roi a ordonné l’utilisation des Gardiens et n’a engagé aucun de ses soldats dans la bataille. Les Gardiens ont massacré les vingt mille trolls en peu de temps. Depuis, plus aucun fou n’a tenté de prendre d’assaut la capitale.

            - Nous devrions continuer notre chemin, intervint Bralkar.        

            - J’espère que vous avez raison. J’ai un mauvais pressentiment…

 

Le groupe reprit la marche, à découvert sur la plaine. Après ce qui sembla une éternité à Jonathan, ils n’étaient plus qu’à quelques centaines de mètres des murs de Sirthéria.

Soudain, un grondement résonna dans la plaine. Lentement, les Gardiens se levèrent, sortirent leurs épées de leurs étuis de pierre, et se regroupèrent de manière à se placer entre les arrivants et Sirthéria. Chacun de leur pas résonnait, s’amplifiait avec l’écho et faisait trembler la terre.

            - Ils sont infaillibles, hein ?

            - Je ne comprends pas…dit Evanya. Nous n’avons aucune chance contre eux !

            - Ilona, tu peux peut-être…

            - Je vais faire de mon mieux, Sire.

Ilona n’avait de cesse de surprendre Jonathan avec sa maîtrise des éléments. De fait, il se reposait souvent sur elle, et cela avait le don d’agacer Evanya. Peut-être le reste du groupe n’avait pas autant de pouvoirs que l’elfe, mais ils se battaient de toutes leurs forces pour la cause qui leur semblait juste. Ils avaient au moins autant de mérite qu’elle, si ce n’est plus. L’elfe s’accroupit, posa la paume de ses mains sur le sol et en fit jaillir une énorme racine qui s’enroula autour d’une des sentinelles de pierre et l’immobilisa. Le Gardien se débattit puis dégagea ses bras et trancha la racine à l’aide de ses énormes épées.

            - Je vais essayer autre chose.

Elle ferma les yeux quelques instants, puis les rouvrit subitement, ils étaient complètement noirs. Un tenaille de terre sortit du sol et se referma sur le Gardien qui avait déjà déjoué le piège d’Ilona. Pendant ce temps, les autres gardiens continuaient à progresser dans leur direction et les auraient bientôt rejoints. La sentinelle ne resta pas immobilisée longtemps, elle fit éclater la roche qui l’emprisonnait, projetant ainsi des morceaux de pierre dans toute la plaine. Un de ces morceaux vint s’écraser sur la tête d’un des autres Gardiens, le projeta ainsi au sol. Malheureusement il se releva aussitôt.

            - Je n’y arrive pas Sire !

            - Dans la forêt, ordonna Bralkar.

Le groupe s’exécuta de suite, se cachant ainsi de la vue des Gardiens qui ramassèrent d’énormes rochers pour les lancer à l’aveugle dans les bois. Les blocs de pierre s’écrasaient avec fracas et faisaient trembler le sol, néanmoins Jonathan et ses compagnons étaient à l’abri. Les sentinelles gagnèrent la lisière du bois et commencèrent à en arracher les premiers arbres qui allèrent s’écraser plusieurs mètres plus loin tel des petites brindilles.

            - Je vais essayer quelque chose, chuchota Jonathan soudain mû par son instinct. Il se mit à découvert face aux Gardiens.

            - NOOOOOOON, tenta de l’arrêter Evanya.

Elle fut retenue par le général.

            - Fais lui confiance. Il porte l’Anima.

Sur la plaine, Jonathan barrait la route aux Gardiens.

            - Ecoutez-moi ! Je suis…

Un tronc d’arbre s’écrasa à quelques mètres de lui, il reprit aussitôt, toujours aussi confiant.

            - Je suis Jonathan, roi de Terdore. Il se leva son bras, brandissant ainsi fièrement l’Anima. Je suis souverain de Sirthéria, je me bats pour la paix. Je suis votre maître, je vous somme d’arrêter sur le champ.

Les Gardiens s’immobilisèrent alors.

            - Vous avez parfaitement rempli votre tâche en défendant Sirthéria. Maintenant, retournez à votre sommeil.

Les sentinelles de pierre l’examinèrent attentivement, puis s’en retournèrent de leur pas lourd vers les remparts, reprirent leur position initiale et se figèrent, comme si elles n’avaient jamais quitté leur place. Jonathan poussa un soupir de soulagement, puis il regarda Sirthéria qui s’offrait à lui.

            - Sire, félicitation ! le complimenta Bralkar d’une grande claque sur l’épaule. Evanya le regarda de loin, troublée de le voir se tenir ainsi fièrement.

« J’aimerais tellement comprendre ce qu’essaie de me dire mon cœur…» Soudain un déclic. « Serait-ce cela l’amour ? Je…n’ai jamais…comment ? Que faire ? ». Les questions se bousculaient dans sa tête. Le reste du groupe s’était réuni autour de Jonathan pour le féliciter de son exploit et lui serrait la main. Lui, glissa un regard éloquent à Evanya qui ne put s’empêcher de rougir.

« C’est donc de l’amour… les frissons, le cœur qui s’accélère quand il est à mes côtés, la douleur quand il n’est plus là, la jalousie… c’est donc cela qu’on ressent. Je ne pensais pas que c’est aussi dur d’aimer. »

 

Personne dans l’enceinte de la ville ne leur avait ouvert les lourdes portes, ce qui confirma leurs inquiétudes. Ils firent quelques pas dans la ville, les premières rues étaient désertes.

            - Ilona, vérifie dans la tour de guet. Essaie de trouver une explication à ce qu’il s’est passé avec les Gardiens.

Elle acquiesça d’un hochement de tête. Elle se figea sur place, puis leva la tête en direction du mirador. La terre se craquela sous ses pieds puis un arbre poussa subitement l’amenant ainsi directement à sa destination.

            - Elle ne peut jamais faire simple et prendre les escaliers comme tout le monde, soupira Bralkar.

Elle disparut dans la tour et en ressortit au bout de quelques instants. L’arbre se renfonça sous terre pour la ramener ainsi au niveau du sol.

            - Les deux gardes sont morts, Sire !

            - C’est impossible ! s’écria Evanya. Comment quelqu’un a-t-il pu arriver jusque là et passer les Gardiens ?

            - Morrakh, répondit simplement Jonathan.

Ils continuèrent leur progression en direction du palais royal, ils tournèrent au coin d’une ruelle et débouchèrent dans une des artères principales de Sirthéria, la rue marchande. Là stupeur, les cadavres des habitants de Sirthéria jonchaient le sol, égorgés, empalés, démembrés. Aucun n’avait été épargné, ni même les enfants. Jonathan ne put supporter cette vision, et se retourna pour vomir.

            - Désolé…Comment peut-on faire çà à des enfants..?

            - Sire, où sont les cadavres des soldats ? On dirait que l’armée a déserté Sirthéria ? constata Evanya.

            - Effectivement, commenta Bralkar. Je n’aime pas du tout çà.

Ils continuèrent leur progression en prenant soin de ne pas piétiner les corps des malheureusement. Plus ils avançaient, plus les corps s’amoncelaient. On aurait dit que les villageois avaient tenté de s’abriter dans le palais.

            - Nous ne sommes pas seuls, murmura Jonathan.

            - J’avais remarqué, dit le général. Nous sommes observés depuis un petit moment déjà.

Effectivement, à l’étage des habitations, des ombres se profilaient furtivement. Néanmoins ils continuèrent comme si de rien n’était. Au coin d’une maison, Bralkar bondit, attrapa l’orc qui se dissimulait dans l’obscurité et lui mit sa lame sous sa gorge.

            - Combien êtes-vous ?

            - Ah Ah Ah ! Vous êtes des morts en sursis !

Le général l’égorgea d’un coup sec. L’orc tenta d’arrêter le flot de sang avec sa main, puis s’effondra sur le sol. Sortant de toute part, des trolls et des orcs les encerclèrent, se jetant sur eux en masse et mettant à rude épreuve leur adresse à l’épée.

Jonathan para un coup d’épée puis repoussa son assaillant d’un coup de pied dans l’abdomen. Il fit volte face et transperça la gorge d’un troll qui essaya de l’approcher dans son dos. Le reste du groupe n’était pas en reste, Bralkar montrait la même dextérité au combat, empalait ses ennemis, se servant de leur corps comme bouclier. Evanya, quant à elle, jouait de sa rapidité pour frapper ses ennemis sans qu’ils ne s’en rendent compte et esquivait, laissant ainsi ses adversaires se frapper l’un l’autre, emportés par leur élan. Altorgh, lui, s’en remettait entièrement à sa massue qui avait l’art de briser les crânes. Par moment, il empoignait son assaillant à mains nues dans un duel de force brute dont il sortait toujours vainqueur. Ilona préférait utilisait deux lames courtes qui lui servaient à taillader des ennemis, économisant ainsi ses forces magiques.

Le groupe se défendait bien. Néanmoins sur le toit des maisons des archers avaient pris position, et bandaient leur arc. Les flèches fusèrent vers Jonathan et ses amis. Ilona décrivit de la main un demi-cercle autour de sa tête créant ainsi un bouclier de vent invisible autour d’eux qui détourna les flèches pour les renvoyer directement sur leurs ennemis. Les forces adverses semblaient cependant inépuisables. A chaque fois qu’ils en tuaient, d’autres prenaient leur place.

            - Nous n’allons pas pouvoir tenir longtemps ! constata Jonathan.

 

Au loin, des cors résonnèrent dans la plaine.

            - L’armée de Sirthéria !

Quelques minutes plus tard, des centaines de soldats franchirent les portes de la ville, suivis par les portes étendards. Telle une vague, ils déferlèrent dans Sirthéria prêtant main forte aux assaillis.

La bataille dura quelques heures et fit beaucoup de mort des deux côtés, mais, enfin, les rebelles l’emportèrent.

Le commandant du détachement de Sirthéria s’avança jusqu’au groupe.

            - Evanya, Ilona, Altorgh ! Baptiste, mon ami ! dit-il en serrant la main du général.

            - Wilfried ! Je te présente le Roi de Terdore.

            - Enchanté Sire, je suis le commandant Lorric et je suis à votre service, dit-il en s’agenouillant et en se tapant le poing sur la poitrine.

Le reste de l’armée l’imita. Jonathan avait pris l’habitude de ce genre de réaction mais cette fois, la foule l’impressionna vraiment, surtout qu’Ilona, Evanya, Bralkar, et Altorgh s’agenouillèrent également. Il resta seul debout au milieu de cette marée humaine. Jonathan reprit ses esprits.

            - Relevez-vous s’il vous plaît ! Dégagez moi les rues, enterrez nos compagnons et brûlez moi ces charognes. Retrouvez-moi quand tout sera fini. Au travail. Commandant, vous venez avec nous.

            - A vos ordres, Sire, lui répondit-il en se tapant le poing sur la poitrine.

Ils pénétrèrent l’enceinte du palais, les lourdes portes en bois massif ornées d’or s’ouvrèrent sur un immense couloir dont le sol était recouvert d’un long tapis rouge. Des chandeliers étaient disposés à intervalles réguliers, ils s‘allumèrent automatiquement à leur passage.

            - Ils sont enchantés, Sire, expliqua Evanya.

            - Dîtes moi Commandant, pourquoi vos troupes ont-elles déserté Sirthéria ?

            - Un rapport de nos éclaireurs nous a indiqué des dizaines de navires de guerre ennemis au large, faisant route sur Sirthéria. Nous avons voulu porter la bataille en mer afin d’épargner les civils, dit Lorric visiblement gêné. Quand nous sommes arrivés au niveau des navires ennemis, ils ont disparu brusquement. Un leurre. J’en ai déduit que Sirthéria était en danger, nous sommes revenus aussitôt et nous vous avons trouvés, ainsi que le reste de la ville dévastée.

            - Je vois. Merci, Commandant.

Lorric se tapa le poing sur la poitrine et disposa.

            - Sire, laissez moi vous guider à la salle du trésor, lui dit Evanya.

            - Du trésor ?

            - Oui, pour récupérer l’Epée et l’Armure des Rois.

Ils se mirent en route. Jonathan fut ébahi tout au long du trajet. Le palais était immense et partout des soieries et de l’or ornaient les pièces et les couloirs. Les plafonds étaient très hauts et décorés de splendides peintures, les sols étaient recouverts d’immenses tapisseries.

            - Nous y voilà, Sire. Il n’y a que vous et l’Anima qui puissiez ouvrir la porte.

Jonathan avança sa main et tourna la poignée, une lueur jaune s’en dégagea. Il entra dans la pièce suivi de ses compagnons et là, au centre, se tenaient sur un piédestal en marbre une armure en or, accompagnée d’une cape rouge, et une épée scintillante en argent. L’ensemble flottait au milieu d’une étrange sphère bleu.

            - Un autre mécanisme de défense, Sire. N’ayez crainte, allez-y.

Jonathan fit un pas en avant et plongea sa main dans la sphère. Le contact était étrangement froid mais pas désagréable. Il en retira l’épée et l’armure. Jonathan s’adressa alors à ses amis :

            - Je vous retrouve devant le palais. Je voudrais me débarrasser un peu de tout ce sang. Evanya, veux-tu bien me conduire à une chambre ?

            - Bien sûr, Sire. Elle jeta un regard triomphant à Ilona en sortant de la pièce.

 

Ils pénétrèrent dans une des chambres réservées au roi. Elle faisait au bas mot cinq fois la taille de l’appartement de Jonathan.

            - Waouh ! T’as vu çà ?

            - J’ai vécu ici plusieurs années, Sire, avant que Morrakh…

            - C’est vrai, suis-je bête ! Ton père était le roi.

Jonathan se sentait un peu perdu au milieu de cette grande pièce, il contourna les fauteuils pour aller voir ce qui se cachait derrière la porte. Une salle d’eau privative, exactement ce qu’il lui fallait.

            - Attends moi quelques secondes, j’ai à te parler.

Il fit une brève toilette puis retrouva Evanya qui l’attendait nerveusement.

            - Sire, je suis désolé pour…

            - C’est oublié…Evanya, j’ai souhaité te parler parce que…Je…J’ai peur…

            - C’est normal, Sire, avec tout ce qu’il nous est arrivé et les responsabilités qui reposent sur vos épaules. Je trouve que vous vous débrouillez très bien.

            - Non c’est pas çà…J’ai peur…de ce que je ressens pour toi. Il m’a fallu du temps pour comprendre. Je ne veux pas me voiler la face plus longtemps, tu es…celle que mon cœur a toujours espérée…Je sais que beaucoup de différences nous séparent mais il n’y a rien que je puisse y faire, mon cœur s’est épris de toi.

            - Sire, je…je n’ai jamais aimé quelqu’un, je n’ai jamais su ce que c’était de ne vivre que pour et par quelqu’un…Je…

Jonathan, interprétant ses paroles comme un refus, détourna le regard, elle s’approcha de lui, lui passa une main sur le visage pour qu’il la regarde. Elle plongea ses yeux dans les siens et…on frappa à la porte.

            - Sire, nous vous attendons tous sur le Grande Place. Excusez-moi…j’interromps quelque chose peut-être, demanda Bralkar, amusé de voir Evanya retirer précipitamment sa main du visage de Jonathan.

            - Je ne sais pas…Evanya ?

Evanya regarda le général gênée.

            - Non Baptiste…Rien.

Jonathan se crut alors définitivement repoussé, et ne put cacher sa déception.

            - Je vous rejoints dans une minute. Je désire être seul quelques instants pour me préparer.

            - Sire..?

            - S’il te plaît Evanya. Tout va bien, ne t’inquiètes pas.

Bralkar quitta la pièce suivi par Evanya avec un regard plein de regrets. Seul, Jonathan s’assit sur le sol, la tête entre les mains. C’était la première fois qu’il ressentait cela pour une femme, la première fois qu’il osait ouvrir son cœur à quelqu’un et cela le faisait tant souffrir, comme s’il sentait son cœur tomber en miettes.

Il resta quelques minutes assis, puis se releva, résigné, et passa son armure par-dessus sa tunique de cuir. Ainsi vêtu, il sortit de la chambre et rejoignit l’entrée du palais. Heureusement pour lui, il avait une bonne mémoire ce qui lui permit de retrouver son chemin dans ce dédale de couloirs.

Des centaines d’hommes se tenaient devant lui et  attendaient son intervention. Quand il apparut à la porte de palais, ils s’agenouillèrent tous. Evanya, dans l’assemblée, essaya de croiser le regard de Jonathan qui refusa tout contact.

            - Mes amis, relevez-vous s’il-vous-plaît. Nous sommes tous égaux aujourd’hui, nous nous battons tous côte à côte pour que le bien triomphe. Aujourd’hui c’est moi qui me mets à genoux devant vous pour implorer votre aide. Seul, je n’y arriverai pas, il n’y a qu’ensemble que nous pourrons lutter contre Morrakh et ses troupes.

Des murmures de stupeur parcoururent la foule qui s’était relevée à la demande de Jonathan. Un soldat ne partageait pourtant pas l’étonnement général, et se frayait un chemin au travers de ses compagnons d’arme en direction de Jonathan. Arrivé au bord de l’estrade sur laquelle se tenait le roi de Terdore, il bouscula deux de ses camarades et bondit en direction de Jonathan en tirant un couteau de sa manche. Bralkar qui suivait depuis un moment l’étrange manège de l’individu tira son épée de son fourreau pour s’interposer. Déjà une note métallique résonnait dans le silence de mort de l’assemblée, Jonathan avait été plus rapide que le général et avait paré le coup, puis il asséna un coup de tête à son agresseur qui trébucha et tomba de l’estrade. Il fut immédiatement saisi par les soldats qui se tenaient au premier rang.

            - Toujours être sur ses gardes, Général, c’est bien ce que vous m’avez enseigné ?

- Et aussi toujours se servir de sa tête, lui répondit Bralkar en souriant.

- Qui es-tu étranger ? lui demanda solennellement Jonathan.

            - Sire ? Que se passe-t-il ? Pourquoi me retenez-vous prisonnier ?

            - Tu viens d’essayer de tuer le roi, lui répondit sèchement Bralkar.

            - Quoi ! Comment ! Impossible ! Oh, ma tête ! J’ai des bribes de souvenirs… J’étais en patrouille avec mon unité proche de Calonia, quand nous sommes tombés dans une embuscade. Il marqua une pause, ses yeux se remplirent de larmes. Nous avons été conduits à Morrakh et torturés plusieurs jours. J’ai…vu mourir de mes propres yeux des soldats que je considérais comme mes frères, et…

            - Et ?

            - Le trou noir. Je ne me rappelle plus de rien.

            - Tu ne te souviens de rien qui puisse nous aider ?

            - Non...Je ne crois pas…Si, une chose me revient, je ne sais pas si cela peut vous être utile mais j’ai entendu un des généraux de Morrakh parler pendant qu’il pensait que j’étais inconscient. Il a mentionné l’alignement des lunes et un miroir aux deux reflets. Apparemment, ça serait au cœur des plans de Morrakh.

            - C’est tout ? Une petite idée du lieu où on pourrait trouver cet artefact ?

            - Non…Le Général a juste dit que « La dame aux trois têtes cache le miroir aux deux reflets ». C’est tout ce que je sais…

            - Cela vous évoque quelque chose ? demanda Jonathan à ses compagnons.

            - Non, rien du tout, lui répondirent-ils après concertation.

            - Conduisez-le auprès d’un mage afin qu’il recherche tout résidu d’envoutement.

Deux soldats l’escortèrent au travers de la foule et disparurent au coin d’une ruelle.

Jonathan s’adressa à nouveau à la foule.

            - Notre ennemi est prêt à tous les subterfuges possibles pour nous abattre, mais ensemble, avec votre soutien, nous lutterons ! dit-il d’un ton impérieux en levant l’Epée des Rois de la main qui portait l’Anima. La foule l’acclama.

 

Il retourna dans le palais accompagné de ses amis.

            - Quelqu’un a-t-il une idée ?

            - Cet indice est plutôt vague, Sire commenta Evanya pour le reste du groupe.

            - …Dans World of Warcraft, j’aurai juste à chevaucher un griffon [1] pour qu’il m’amène directement au donjon [2]. Avec deux ou trois autres high level [3] de ma guilde, çà serait l’affaire de deux heures, trois maximum.

            - Pardon, Sire ?

            - Euh…Jonathan s’empourpra. Je réfléchissais à haute voix, c’est de la stratégie militaire !

            - Si vous le dîtes, Sire…

Ils se regardèrent, confus.

            - Bon…je pense que la bataille d’aujourd’hui a bien prouvé que l’union fait la force. Vous m’avez dit que les nains sont restés neutres, je pense cependant qu’ils pourraient nous être d’une aide précieuse.

            - Ils ont déjà refusé l’alliance Sire, intervint Bralkar.

            - Le Roi n’a pas tort Baptiste, répondit Evanya. En leur montrant le retour de l’Anima, et en voyant le Roi porter l’Armure et l’Epée des Rois, ils changeront peut-être d’avis. Surtout qu’une fois qu’il en aura fini avec nous, Morrakh s’en prendra très probablement à eux.

            - Ca ne coûte rien d’essayer, concéda le général. C’est vrai qu’un peu d’aide ne serait pas superflue… Nous partirons dès le lever du soleil pour Shalang’Dä, Sire, le siège du pouvoir nain.

 

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[1] Créature mythologique au corps de félin avec des serres en guise de pattes avant, une tête d’aigle et des ailes.

[2]  Succession de plusieurs pièces truffées d’ennemis qui débouche généralement sur un boss à vaincre pour finir une quête.

[3] A l’inverse des nobzs qui sont des nouveaux joueurs au niveau peu élevé, les high levels sont des habitués qui comptent parmi les personnages les plus forts de World of Warcraft.

Par Julien C.
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