Partager l'article ! Chapitre 8 : Le réveil du Roi Squelette: Du haut de la plus haute tour du palais royal, un vautour prit son envol. Il avait assisté aux événe ...
Livre 1: Une Ame de Héros
Du haut de la plus haute tour du palais royal, un vautour prit son envol. Il avait assisté aux événements de Sirthéria, la bataille et la tentative avortée d’assassinat sur le roi. Il battit des ailes pour prendre de la hauteur, et se laissa planer.
Il se dirigea vers l’Est, survola Coeurdore, puis, après plusieurs jours de voyage, atteint une masse végétale compacte, les Bois Maudits et enfin les Terres Désolées et leur paysage de dévastation. Au loin se dessinait le sombre château de Morrakh.
Les créatures perchées sur les tours ne bronchèrent pas quand elles repérèrent le vautour. Il passa par la fenêtre de la salle du trône, puis se matérialisa en homme. Ses serres s’allongèrent et laissèrent place à des jambes, ses plumes tombèrent sur le sol, son bec se transforma en nez. Morrakh était de retour dans son palais.
- Incapables ! A plusieurs centaines contre une poignée d’hommes ils ne sont même pas fichus de faire ce qu’on leur ordonne.
De fureur Morrakh mit en coup de poing dans une des colonnes qui soutenaient le plafond de la pièce. Son poing la traversa de part en part. Quand il retira son bras, la pierre se fissura petit à petit, puis la colonne et une partie du plafond tombèrent en miettes.
- Traggh, Olorc, ici immédiatement !
Ayant entendu le fracas et perçu l’extrême contrariété dans la voix de Morrakh, les deux subalternes entrèrent dans la pièce au pas de course pour ne pas s’attirer ses foudres.
- Vous nous avez fait mander Maître?
- Faîtes-moi immédiatement préparer Chaos.
- Oui, Maître, vos désirs sont des ordres.
Resté seul, Morrakh s’installa sur son trône.
- Tu as de la chance Jonathan mais…avec ces abrutis il n’y a pas de mérite. L’armée des morts signera ta perte…
Morrakh mit sa longue cape noire sur ses épaules et descendit à l’écurie. Là, Traggh et Olorc l’attendaient en essayant de dompter un cheval belliqueux. Le destrier était entièrement noir à l’exception de ses yeux, dans lesquels dansaient des flammes. Il avait également une longue langue fourchue, et arborait sur sa tête et sur ses pattes arrières plusieurs cornes. Il portait une armure couleur noire bleutée sertie d’or. Quand Morrakh s’approcha de sa monture, celle-ci se calma immédiatement et se laissa monter docilement.
- Maître, si je puis me permettre, quel est votre plan ?
Morrakh le regarda avec dédain et partit au galop laissant ses deux généraux dans un nuage de poussière.
« La dernière fois que j’ai utilisé le Miroir aux deux reflets pour faire disparaître l’Anima de ce monde cela m’a quasiment coûté la vie, mais aujourd’hui je sens déjà le flux de magie noire monter en moi à l’approche de l’alignement des lunes. »
Morrakh chevaucha pendant deux jours et deux nuits sans s’arrêter. Chaos, un cheval des ténèbres, n’en parut pas perturbé et maintint son allure tout au long du trajet, malgré la chaleur et l’air irrespirable des Terres Désolées.
Morrakh mit enfin pied à terre. Le sol était recouvert de cendres, on ne distinguait pas le soleil. Il faisait une nuit quasi perpétuelle dans cette partie de Terdore. Il avança en direction d’une caverne qui se trouvait à quelques mètres devant lui, puis y pénétra, disparaissant ainsi dans l’obscurité. Chaos se cabra et hennit nerveusement. Un mauvais présage ? Sûrement… Qui pouvait bien rendre si agité un cheval des enfers ?
La caverne était sombre, ses couloirs plutôt étroits. Morrakh avança droit devant lui, et déboucha sur une pièce bien plus grande et lumineuse, au centre de laquelle coulait une rivière souterraine bleue phosphorescente. Des voix s’élevèrent de la rivière, comme un écho.
- Morrakh, viens à nous, tu n’as aucune chance…L’Anima est plus puissant que toi… Le roi t’anéantira… Tu subiras mille ans de souffrances dans le royaume des morts…
Les voix répétèrent sans cesse ces phrases, encore et encore. Morrakh avançait de plus en plus péniblement… Il s’approcha de la rivière, une multitude de bras sortirent de l’eau et se tendirent vers lui pour l’accueillir parmi eux.
- Assez ! hurla Morrakh.
Les voix cessèrent, il ne resta que leur écho qui perdura quelques secondes.
- Je suis plus fort que toi, je t’ai déjà vaincu une fois ! Me crois-tu assez fou pour me risquer en ton sein sans être parfaitement sûr de moi ?
Une voix caverneuse se fit alors entendre.
- Morrakh ? Chaque fois que tu pénètres la Caverne du Désespoir, ta volonté se fait de plus en plus faible. N’abuse pas de ma patience Morrakh…
La voix s’estompa progressivement.
Morrakh suivit le chemin tracé dans la roche et sortit finalement de la caverne. Il aboutit sur une vaste plaine, entourée de gouffres de lave en fusion. Il s’approcha du bord d’un des précipices et regarda en contrebas. On ne distinguait que de la lave, et de temps à autres, des bulles qui explosaient, libérant ainsi un souffle de chaleur qui remontait jusqu’au visage de Morrakh. Celui-ci tendit ses deux bras en direction de la lave, se concentra et invoqua le Miroir aux deux reflets. Un halo blanc l’enveloppa soudain tandis qu’un ovale lumineux apparut à plusieurs mètres au dessus de la lave.
- Viens à moi Roi Squelette. Je te libère de ton monde. Viens semer le chaos sur le monde des vivants.
Soudain, une main, ou plutôt les os d’une main, apparut sur les rebords de l’ovale magique, puis un squelette s’en extirpa péniblement. Il portait une lourde armure noire ainsi qu’une couronne en or ornée de plusieurs rubis. Le Roi Squelette vint rejoindre Morrakh sur la plaine.
- Qui es-tu ?
- Je suis Morrakh, maître du royaume de Terdore !
- Pourquoi m’as-tu appelé ?
- J’ai besoin de toi, le Roi de Terdore est de retour et menace mon règne.
- En quoi cela me concerne-t-il ?
- S’il me reprend le pouvoir, il fera de nouveau régner la paix sur Terdore, et s’il n’y a plus de guerre, moins d’âmes seront envoyées dans ton royaume. Sers moi et tu auras autant d’âmes que tu le souhaites, des centaines, des milliers !
- La mort est inéluctable, comme le temps qui s’écoule. La mort et la vie forment un équilibre. Mon royaume sera toujours abreuvé de l’âme des défunts.
- Je ne te laisse pas le choix. Je t’ai amené dans ce monde, et moi seul peux te renvoyer d’où tu viens. Sers-moi et aide-moi à éliminer le Roi, et je te renverrai chez toi accompagné de nombreuses âmes ou, erre à jamais dans ce monde.
- Très bien Morrakh, mais n’oublies pas qu’un jour viendra où le royaume des morts sera aussi ta demeure et que je serai là pour t’accueillir…
- Garde tes menaces Roi Squelette, tu ne sais pas à quel point je suis puissant !
- Nous verrons…
- Tu peux disposer, je t’invoquerai lorsque j’aurai besoin de toi.
L’armure et la couronne du Roi squelette se volatilisèrent, et les ossements tombèrent sur le sol.
Morrakh, satisfait, reprit le chemin de son palais.